Ce qui intéressent les wargamers c'est, à partir d'une situation similaire aux conditions de combat de l'époque (météo, topographie, odb, placement) de réfléchir à un plan et voir s'ils sont capables de faire mieux ou moins bien que les généraux de l'époque. Dans le jeu de guerre, la réflexion fait partie du plaisir de jeu.
En fait, personnellement, si je pense que des "objectifs" seraient intéressants pour élaborer des scénarios historiques, c'est parce que je ne vois pas comment simuler correctement la "situation similaire" à partir de laquelle le joueur va réfléchir à son propre plan tactique. Histwar est une simulation tactique des batailles de l'époque napoléonienne (ou alors c'est que j'ai raté quelque chose!), et dans ce contexte, pour simuler le combat lui-même, je suis d'accord que des bonus de points associer à la possession d'un lieu particulier n'ont pas beaucoup de sens. Mais si l'on prend la bataille par rapport à son contexte
historique et stratégique, là ça peut être un peu différent...
Un exemple, la Berezina : si au terme de la bataille les Français ne disposent pas d'une ligne d'opération partant vers l'ouest, l'armée est perdue. Une victoire tactique ou un match nul pour les Français n'aurait pas de sens, car l'armée serait vouée à la destruction complète. Or dans le cas présent, que se passe-t-il ? (ma question est sincère, je n'ai pas testé !) si je place le gros de mes troupes côté est du fleuve et que j'arrive à écraser l'armée russe de ce côté du fleuve, mais que par contre de l'autre côté je ne contrôle pas la route qui part vers le bord ouest de la carte : je pourrais (si j'ai bien compris les règles actuelles) obtenir un match nul, peut-être même une victoire tactique, non ? Replacé dans son contexte historique, cela me semblerait un peu absurde.
Un autre exemple, la manoeuvre de Brienne : j'imagine une mini-campagne pour simuler les journées s'écoulant de la bataille de Saint-Dizier à celle de Brienne. Le joueur incarnant le camp coalisé n'aurait aucun intérêt à engager la manoeuvre de flanc en direction de Troyes dans laquelle Blücher s'était lancé, puisque le joueur "sait" que Napoléon vient d'arriver à l'armée, et que donc c'est sur Vitry qu'il faut concentrer ses efforts. Dans ces conditions, la physionomie de cette mini-campagne serait profondément différente de ce qu'elle fut historiquement. Pourtant cette manoeuvre se solde finalement pour Blücher par un match nul (Brienne) puis une victoire (La Rothière). Donc même dans ces conditions pourtant a priori défavorable au camp coalisé, le scénario me semble équilibré et intéressant. Comment pourrait-on le "simuler" sans recourir aux "objectifs" ?
Dernier exemple, la bataille de Brienne elle-même : le parc d'artillerie coalisé défile dans Brienne lorsque les Français arrivent sur le champ de bataille. Comment simuler cette contrainte pour un camp (les coalisés doivent tenir jusqu'à ce que le parc d'artillerie soit à l'abri) et cette opportunité pour l'autre camp (si les Français arrivent à s'emparer du parc...) ?
Donc oui, avoir des "objectifs géographiques" associés à un scénario réduisent les possibilités tactiques du commandant en chef, mais :
1 - cela correspondrait aussi à certaines réalités historiques que le wargame ne devrait pas ignorer, à mon avis (mais bon au final c'est l'avis de JMM qui compte !!

).
2 - Un scénario bien construit, tout en induisant un certain type de comportement, de la part de l'un des deux camps au moins, ne réduira pas pour autant les possibilités tactiques à un seul et même plan toujours répété. Si cela arrivait, je pense que c'est le scénario qu'il faudrait incriminer, pas le principe des "objectifs".
Je vois les "objectifs" comme un moyen supplémentaire de se rapprocher de la situation historique, mais pas comme une fin en soi. Maintenant, il y a visiblement beaucoup de réticences et d'hostilités à la possibilité de les utiliser... Et peut-être que l'intérêt de pouvoir simuler aussi finement la situation historique (en restant dans le cadre stratégique et historique avec toutes ses contraintes) dans laquelle se trouvaient les commandants en chef de l'époque, pour voir justement si notre propre plan tactique est meilleur (ou pire !!), n'intéresse que moi... Après tout, les goût et les couleurs ne se discutent pas : là où je vois un potentiel ludique supplémentaire, d'autres n'y voient que des contraintes. Mais lorsque je vois l'incroyable précision historique d'Histwar, sur les uniformes, les ordres de bataille, les tactiques et les comportements des unités, j'avoue que j'en demande encore plus, sur les scénarios !!
